Gestion du covid en France « Trop tard, trop peu »

jeudi 17 décembre 2020
par  Gérard Bommenel
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En complément de notre analyse de la gestion de la pandémie chez nos voisins Européens proches, Pontoise Ensemble s’est intéressé aux errements de cette gestion dans notre pays. De la pénurie de moyens volontairement mis en place par le passé, aux incohérences du premier confinement et à l’échec des stratégies de lutte mises en place, tout cela n’est pas de bon augure pour affronter une pandémie qui ne s’arrêtera certainement pas au deuxième déconfinement.

Une situation d’impréparation reconnue

On connaît le problème du manque de masques et d’équipements de protection. Même le ministre de la santé a dû le reconnaître devant la commission d’enquête du Sénat. Mais en fait ces pénuries n’étaient que la conséquence d’une politique d’économies drastiques menées depuis plusieurs années sur le dos du système de santé afin de combler le trou de la sécurité sociale. Cette doxa avait conduit à des décisions délétères qui ont affaibli toute la chaîne de soins :
-  Le démantèlement du système hospitalier avec des fermetures de lits et d’hôpitaux sous couvert de rationalisation, a été associé à une course à la rentabilité de l’hôpital public avec la tarification à l’acte. L’ensemble a provoqué la révolte des personnels soignants en 2019,
-  La poursuite de la désertification médicale via un numerus clausus est restée en total décalage avec la démographie qui permettait de prévoir les départs à la retraite des médecins des classes d’âge du baby-boom,
-  Le manque de moyen criant dans les Ehpad ne permet pas la prise en compte correcte du grand âge Il a déjà été dénoncé en 2018 et il reste dans l’attente d’un plan de soutien. La volonté d’encourager le maintien à domicile des personnes âgées le plus longtemps possible n’a pas été accompagnée de réels moyens d’accompagnement.
Pour ne rien arranger nos gouvernants se sont bercés d’illusion sur le plan de pandémie grippale qui existait depuis 2004 et semblait avoir bien fonctionné face à l’épidémie de grippe H1N1 de 2009. Rappelons que cet épisode épidémique aurait pu être un bon précédent. Mais personne au gouvernement ne s’est inquiété que ce plan ne soit plus testé depuis 2013, ni mis à jour. La gestion de cette pandémie qui a fait beaucoup plus de peur que de mal ayant d’ailleurs entraîné de multiples contestations, les différents responsables ont eu tendance à penser « qu’il y avait moins de risques pour un politique à en faire moins qu’à en faire trop ». Le tout fût aggravé par la prise en compte d’autres crises (terroristes, climatiques) qui ont semblé bien plus préoccupantes et accaparé l’attention de tous.

Une prise en compte de l’épidémie bien trop tardive

Bien qu’Agnès Buzyn ait affirmé, à postériori, avoir eu l’intuition que la pandémie serait grave dès l’arrivée du virus, la prise en compte au plus haut niveau s’est faite très tardivement. D’ailleurs, son départ du ministère de la santé le 15 Février pour se porter candidate à la mairie de Paris démontre le faible niveau de priorité donné à l’épidémie une semaine à peine avant les premiers confinements en Italie.
Le Plan « pandémie grippale » ne sera pas déclenché, ce qu’un ancien dirigeant du Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN) regrettait dès le 29 Janvier au moment du confinement de Wuhan. Les signaux inquiétants en provenance de la région Grand Est où l’épidémie s’emballait dès début Mars ne seront pas pris en compte. Le cluster de l’Oise, dans un secteur de résidence de nombreux travailleurs de Roissy non plus. Aucune surveillance sanitaire des vols internationaux n’a été mise en place. Le Plan Blanc permettant la déprogrammation des interventions non urgentes dans les hôpitaux n’interviendra que le 6 Mars. Ce retard à l’allumage, qui a laissé le champ libre à l’extension du virus, aboutira à un confinement total décidé en catastrophe le 16 Mars juste au lendemain d’un premier tour d’élections municipales qu’il aurait été prudent de reporter.

Mépris des instances sanitaires et instrumentalisation de la parole scientifique

Délaissant malgré leurs compétences les instances existantes qui auraient pu le conseiller comme la Commission Nationale de Santé, le gouvernement créera de toute pièce un Comité scientifique le 10 Mars ; ses premiers avis serviront de caution à la tenue du premier tour des élections municipales et de justification à la décision de « réserver les masques en priorité pour l’hôpital et la médecine de campagne ». Rien pour la médecine de ville, pour les personnels des Ehpad, pour les aides à domicile des personnes âgées. Le gouvernement utilisera d’ailleurs longtemps l’argument du manque de consensus entre les scientifiques pour justifier son inaction, en particulier sur la réalité de la protection apportée par les masques. Cela s’est retourné contre lui lorsque, la pénurie résolue, il a voulu les rendre obligatoires y compris dans l’espace public.

Un premier confinement massif incohérent et précipité

Face à l’explosion de la Covid-19 le gouvernement choisit un confinement autoritaire et martial « quoiqu’il en coûte » le 16 Mars. Décidé dans la précipitation alors que les manques de moyens sont criants et que les hôpitaux sont asphyxiés dans plusieurs régions ce dernier est un des plus restrictifs en Europe. Ce confinement s’étend à l’ensemble du territoire national, et limite les déplacements au strict nécessaire, courses alimentaires, soins et travail quand le télétravail n’est pas possible, sorties près du domicile dans un rayon de 1km maximum pour une activité sportive individuelle ou l’hygiène canine. Il est assorti d’une obligation de présentation d’un justificatif signé et toute infraction de ses règles donne lieu à une amende.
Les résidents des Ehpad sont enfermés, sans possibilité de visites extérieures, mais comme ni eux ni les employés ne sont protégés correctement, cela entraînera une multiplication des contaminations et des décès chez les résidents. Les chiffres sont accentués par les difficultés d’admission des plus âgés dans les services de réanimation (plus de la moitié des décès de la première vague concernera les résidents).

La rue Thiers pendant le premier confinement
La rue Thiers confinée

L’application de ce confinement est riche d’injonctions paradoxales : interdiction du plein air, des forêts, des plages... mais autorisation d’utilisation des transports en commun (saturés et souvent mal désinfectés), fermeture des petits commerces « non essentiels » mais ouverture de tous les rayons des grandes surfaces dépassées par la cohue des consommateurs affolés. Pour identifier les cas contact, le Ministre de la santé et le Secrétaire d’état au numérique misent sur une application ‘StopCovid’ embarquée sur les smartphones. Hélas victime d’une vision technologique trop franco-française celle-ci prendra du retard et ne sera jamais disponible au cours du premier confinement. Peu ergonomique, mal expliquée, mal connectée au système de traçage, l’application de traçage numérique ne rencontrera jamais le succès de ses voisines Européennes avec un taux d’installation bien trop faible pour la rendre efficace. Le port du masque est jugé inutile voire dangereux par le ministre de la santé jusqu’en avril alors qu’il est au même moment obligatoire dans beaucoup de pays. Le gouvernement lui préféra la distanciation sociale qui a le mérite de masquer la pénurie. Au passage il reporte le second tour des élections municipales, prévu sous quinze jours, rendant encore plus incompréhensible la décision du maintien d’un scrutin générant beaucoup de rencontres à la veille d’un confinement sévère.
Dans cet imbroglio, la gestion très verticale du gouvernement s’appuie essentiellement sur l’hôpital public. Le gouvernement délaisse la médecine de ville, d’ailleurs démunie de protections au début du confinement, et en détourne même les malades atteints de la Covid-19 par une communication incohérente : « appelez le 115 ». Il a en outre limité la liberté de prescription de médecins rodés aux soins des maladies respiratoire broncho-pneumoniques. Heureusement l’hôpital, grâce au dévouement de ses soignants et à la mise en sommeil de ses contraintes financières et administratives, a fait preuve d’une incroyable capacité d’adaptation : le doublement de ses capacités en lits de réanimation pour atteindre 10 000 lits a évité une embolie générale. Mais cette performance a un coût au niveau de la santé des Français car elle a été en grande partie obtenue par une déprogrammation massive des autres types de soins. La fédération hospitalière de France estime à 2 millions le nombre de séjours non réalisés dans les établissements de santé en médecine, chirurgie et obstétrique qui n’ont toujours pas été rattrapés pendant l’été.

Une deuxième vague annoncée mais pas anticipée

L’été a correspondu à un grand relâchement. Tout le monde avait besoin de souffler. Mais les déplacements liés aux vacances ont accéléré la propagation du virus qui circulait à bas bruit au sein des populations jeunes vers des régions peu touchées. La rentrée des classes a ensuite disséminé le virus notamment dans les universités. Cette situation avait été prévue par le comité scientifique dès juillet dans un document qui proposait les mesures à prendre pour anticiper et citait les 20 villes les plus concernées. Malgré cela il semble que le gouvernement n’a pas réellement tenté la mise en place d’une politique proactive destinée à empêcher ou tout du moins contenir cette deuxième vague : pas d’embauche de personnel à l’hôpital, pas de renforcement des formations, maintien des fermetures de lits hospitaliers.

Tester beaucoup, tracer mal, isoler sans moyens

Certes le gouvernement avait défini une stratégie « Tester, Tracer, Isoler ». Il a investi massivement dans des automates de tests permettant de porter la capacité hebdomadaire à plus de un million de tests. Il a étendu les catégories de personnel autorisées à faire des prélèvements, ouvert et libéralisé l’accès à ces tests en levant l’obligation de prescription médicale pour leur remboursement. Mais il a confondu quantité et efficacité. Dans sa volonté d’obtenir un nombre de tests toujours plus élevé il a négligé le pilotage de l’opération : l’anarchie a engorgé le système. Dans les files d’attentes se côtoyaient des patients symptomatiques, des cas contacts ou des personnes cherchant à se rassurer. Les temps d’attente pour accéder aux tests se sont rallongés. Les résultats trop tardifs étaient rendus inopérants dans le contrôle de la pandémie. Confié à la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, le traçage, sera lui aussi dépassé dès la rentrée malgré l’embauche de plus de 10 000 personnes. Il n’arrivera jamais à identifier les chaînes de contamination. Selon Santé Publique France seuls « 27,1 % des nouveaux cas identifiés étaient précédemment connus comme personnes contacts ». Enfin, à l’inverse de l’imposition autoritaire de confinement la mise à l’isolement des personnes contaminées restera du domaine de l’incantation par manque de volonté politique de l’imposer, le Premier Ministre Jean Castex préférant dans ce cas se reposer sur la « responsabilité individuelle et le civisme de chacun ».
Dans le même temps, soucieux de préserver la reprise de l’économie, les autorités ont rechigné à nouveau à prendre des mesures contraignantes lorsque les premiers signes de reprise de l’épidémie se sont fait sentir. Le Premier ministre c’est contenté de rappeler les gestes barrières début septembre en se gardant bien de prendre des mesures volontaristes concernant le télétravail ou la mise en place d’horaires décalés en milieu professionnel. Il a même conseillé aux français de partir en vacances pour la Toussaint alors que le conseil scientifique alertait des risques d’emballement !

Trop de répétitions pour le deuxième confinement

On comprend mieux alors pourquoi sa stratégie ultérieure de remise en place de mesures très contraignantes s’est rapidement heurtée aux broncas des élus locaux et des différentes catégories de commerçants touchés. A partir de là, les autorités semblent courir après la propagation du virus mettant en place des mesures trop timorées et trop tardives. Ces atermoiements aboutiront à la mise en place d’un deuxième confinement pour la fin des congés scolaires. Même allégé-de quelques injonctions contradictoires, il aura été tout aussi précipité que le premier et aura comporté les mêmes incohérences vis-à-vis du petit commerce et de l’activité culturelle que l’on avait incité à se relancer. Mais une nouvelle fois mis en place bien trop tard à un moment où les français commencent à se lasser des mesures contraignantes, ce deuxième confinement n’atteindra qu’à moitié ses objectifs. Il aura juste permis de casser l’emballement et de ramener l’épidémie à un niveau supportable par un hôpital toujours aussi mal traité. Celui-ci est devenu plus efficace dans ses soins grâce à l’expérience acquise lors de la première vague de cette maladie. Il fait part de ses progrès avec la médecine de ville pour laquelle les restrictions de prescription ont été levées. Tout cela contribue sans doute à l’amélioration du pronostic de cette maladie.

Le second déconfinement, le 15 décembre, n’est pas plus clair que le premier. Il permet uniquement la réouverture des commerces et la tenue du réveillon de Noël que le gouvernement a tenu à sauvegarder. Malgré le couvre-feu, il y a fort à parier que cette période de fin d’année qui entraînera un brassage de la population aura un impact sur la propagation du virus qu’il faudra gérer sans tout miser sur la mise en place d’une stratégie vaccinale qui ne commencera réellement qu’en début d’année prochaine. Elle ne concernera en premier lieu que les résidents des Ehpad et n’aura qu’un effet limité sur l’épidémie. Il faudra donc encore vivre de longs mois avec cette épée de Damoclès au-dessus la tête.

Dans cette perspective la stratégie brouillonne d’un gouvernement, qui interdit trop mais n’impose pas assez, qui écarte les médecins praticiens pour écouter des experts théoriciens, qui nie ses responsabilités dans la destruction du système de santé public pour attribue la gravité de la crise sanitaire à l’indiscipline des habitants ne parait pas de bon augure ….

Pour en savoir plus :

Rapport d’enquête du Sénat - Leçons de l’épidémie de covid-19 - http://www.senat.fr/rap/r20-199-1/r20-199-1.html
Rapport de la mission d’information de l’Assemblée Nationale du 2 Décembre https://www2.assemblee-nationale.fr/static/15/pdf/rapport/i3633.pdf


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