Vers la ville résiliente

jeudi 31 octobre 2019
par  Gérard Bommenel
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Le rendez-vous du Développement Durable d’avant l’été s’est penché sur la problématique de la ville résiliente en s’attachant à son application à la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise.

Qu’est-ce qu’une ville résiliente ?

On appelle ville résiliente la ville qui a la capacité de s’adapter aux événements afin de limiter les effets des catastrophes naturelles et de retrouver un fonctionnement normal le plus rapidement possible.

A quoi devons-nous nous préparer ?

Si l’on suit le scénario intermédiaire du GIEC, qui n’est donc pas le pire !, nous subirions une hausse significative de la température moyenne annuelle qui passerait de 12 à 15.6°c en 2100. Cette hausse s’accompagnerait d’une augmentation du nombre de jours de vagues de chaleur avec de températures maximales de plus en plus élevées. A contrario on assisterait à une diminution du nombre de jours froids en hiver. Les précipitations seraient en légère hausse avec une augmentation du niveau des pluies intenses qui passeraient de 5.4mm par jour de pluie à 6.2mm. En terme clair le climat méditerranéen s’étendrait sur une bonne partie du territoire français.

Qu’elles sont les vulnérabilités au changement climatique de notre territoire ?

Sans attendre 2100 les périodes de canicules de plus en plus longues avec des températures de plus en plus élevées affectent déjà nos zones urbaines : beaucoup des habitants y ont déjà du mal à supporter ces chaleurs caniculaires. La multiplication de périodes fortement pluvieuses entraîne des inondations de plus en plus fréquentes des zones basses de l’agglomération situées en bordure de l’Oise. De même des zones affectées par le ruissellement rapide de précipitations qui ne peuvent plus pénétrer un sol, trop sec, trop imperméable ou déjà détrempé, peuvent subir des coulées de boues.

Ces causes naturelles voient leur effet augmenté par l’urbanisation renforcée de l’agglomération qui a artificialisé plus de 10% de son territoire depuis 1990 entraînant ainsi une plus grande imperméabilisation des sols avec une multiplication du bâti. Ce phénomène joue le rôle de catalyseur sur les inondations et l’amplification des ilots de chaleur.

Ces effets combinés entraînent déjà des perturbations au niveau des sols, les mouvements de terrain par retrait ou gonflement d’argile ont amenés à promulguer 97 arrêtés de péril depuis 1982.

Pour mieux imaginer l’avenir dans 80 ans, on peut voir ci-dessous la simulation numérique de l’impact d’une inondation majeure (dite centennale) sur l’ensemble des quartiers de la communauté d’agglomération longés par l’Oise. (nb partie Pontoise de 4 min50 à 6 min50 environ)

Simulation d’une inondation sur la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise

Pour un territoire résilient

Face à ces défis il faut accroitre la capacité d’adaptation de l’ensemble des communes de l’agglomération, mettre en place des solutions flexibles et mobilisables et améliorer la gestion de crise. Pour cela six axes de travail ont été définis :
-  Biodiversité (Disparition de certaines espèces)
-  Santé (Conséquences dues à l’augmentation des températures et de la pollution)
-  Energie (Dépendance de la ville quant à l’énergie électrique)
-  Urbanisme (amplification des ilots de chaleur urbains, augmentation de l’inconfort de l’habitat)
-  Risques naturels (augmentation des risques d’inondation, risques dus aux retraits/gonflement d’argiles)
L’étude se déroule d’Octobre à Novembre 2019 avec un temps de concertation, un travail sur les axes et enfin la vision des acteurs.

Un exemple de projet d’action de résilience

Sylvie Gerber, de la préfecture du Val d’Oise, a présenté le projet en cours d’Amélioration de la résilience des quartiers bas de Jouy le Moutier face au risque d’inondation.
JPEG - 50.6 ko Après les crues importantes mais très ponctuelles de l’Oise de 2018 il a été constaté que les habitants n’étaient pas préparés. Ils dénonçaient un manque d’alerte malgré les nombreuses informations car elles n’étaient pas mobilisatrices ! Ils s’étaient donc trouvés démunis face aux difficultés. Cependant ils avaient envie d’agir et l’adversité avait renforcé la solidarité entre les habitants. Les acteurs publics de la commune et de l’Etat s’interrogeaient eux sur cet échec des dispositifs d’alerte déjà mis en place. D’où l’idée de co-construire la culture du risque avec et non plus seulement pour les habitants pour améliorer le dispositif de gestion des risques d’inondation. L’initiative s’est vue sélectionner avec 24 autres projets aux Défis Cartes Blanches organisés par la direction interministérielle de la transformation publique (DITP) pour donner aux agents publics les moyens nécessaires pour innover dans leur façon de rendre le service public.

L’idée forte est d’améliorer ensemble la culture et la prévention du risque inondation : Habitants, Mairie, Direction Départementale des Territoires (DDT), Préfecture, Agence de l’eau etc… via l’établissement d’un dialogue constructif entre les habitants et tous les acteurs. Ce projet pourrait ensuite être dupliqué dans chaque commune pour les quartiers spécifiques bordés par un cours d’eau.
Le programme a commencé en Mai par un temps d’écoute et de partage qui a abouti à une exposition sur les inondations en mairie. Il s’est poursuivi sous la forme d’ateliers de partage des enseignements et d’un temps de dialogue puis de co-construction commune des prototypes de solution pour se terminer par la consolidation d’une feuille de route fin Juin.

Premiers résultats

Pourquoi ne garde-t-on pas la mémoire précise de l’impact personnel des épisodes de catastrophes dites naturelles ? C’est qu’on se défend d’une réalité par le déni : c’est vrai pour les habitants comme pour les communes. Il faut garder la mémoire des événements passés. Ainsi les inondations de 1995 qui avaient affecté ce quartier spécifique de Jouy-Le-Moutier étaient déjà oubliées.

Cela peut passer par des formes artistiques qui laissent des traces des inondations comme le zouave du pont de l’Alma car les bornes souvenirs installées le long de l’Oise n’y suffisent manifestement pas. Pour la projection de l’expérience passée sur l’avenir la mobilisation des générations futures via les établissements scolaires est impérative.

Enfin le changement de culture du grand public est lui aussi indispensable car le particulier a trop pris l’habitude d’être protégé du risque et de compter sur les assurances pour la remise en état après dégâts. Ce sera de moins en moins le cas notamment pour les assurances qui finiront par refuser de remettre en état d’habitabilité un entresol reconnu inondable. Un immeuble locatif a été récemment construit à Saint Ouen l’Aumône : son parking en sous-sol est évacué à chaque alerte de crue, les circuits électriques sont installés au plafond…. Malgré cela, face à une crue majeure il deviendra rapidement inhabitable car les circuits urbains d’eau et l’électricité seront coupés et il faudra l’évacuer si cela doit durer plus de quelques jours…
L’état ne peut pas tout, il faut que chacun se prépare et apprenne à vivre avec ces risques.
Vigie crue annonce bien les informations mais sa maille est trop large et l’on manque d’information fine. De plus chaque maison à son scénario d’inondation qu’il faut anticiper à l’avance, heureusement la crue de l’Oise est lente.
Enfin certains voient des points positifs dans ces événements : « on est au calme », « il y a une vraie entraide ».

Conclusion

« On n’est pas prêts et demain sera pire qu’hier » concluait Sylvie Gerber. « On a les témoignages et l’engagement de ceux qui ont vécu mais il est très difficile d’intéresser et de mobiliser ceux qui n’ont jamais été touchés. Il y a donc un vrai besoin de pédagogie publique et citoyenne pour apprendre à tous à vivre avec ces risques et à s’y préparer ».
Oise en crue à Pontoise Janvier 2018
L’Oise en crue à l’ancien barrage de Pontoise en Janvier 2018

A Pontoise, les plans de prévention des risques d’inondations (PPRI) et d’effondrement (PPRE) ont bien été finalisés et ces annexes du Plan local d’urbanisme sont accessibles en ligne dans la section Habitat et Urbanisme. Cependant la Ville a tendance à s’arrêter à cette mesure d’information administrative des particuliers sans veiller en permanence à entretenir la connaissance des mesures à prendre. Ce n’est pas cette attitude qui permettra à Pontoise de devenir une ville résiliente face aux conséquences du dérèglement climatique.

pour aller plus loin :

plan de prévention des inondations de la vallée de l’Oise : (PPRIVO)
Plan de Prévention des Risques naturels prévisibles de Mouvements de Terrains liés aux excavations souterraines et aux falaises sur le territoire de la commune de Pontoise (PPRMT).
déjà sur notre site : http://www.pontoisensemble.asso.fr/Preparer-les-inevitables-inondations
Des guides d’autodiagnostic pour se préparer aux inondations


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