Sexisme : épaulons les filles dès l’enfance

mercredi 14 février 2018
par  Bénédicte ARIES
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Le blocage du lycée Pissarro le 22 décembre 2017 par des lycéennes qui refusaient les remarques et comportements sexistes devrait faire réagir l’ensemble de la communauté éducative de la Ville car toutes les institutions sont concernées.
La lutte contre les discriminations sexistes, qui a sa place dans les familles, concerne aussi la gestion des espaces publics où les filles puis les femmes n’ont guère de place ! Dès l’école, les jeux de ballon monopolisent la cour. Dans les espaces publics, à part les "city parks" et "skate park" occupés essentiellement par les jeunes... hommes, il n’y a guère d’espace aménagés pour les autres jeunes.

Le sexisme, c’est du vécu hélas !

Si les lycéennes de terminale ont osé manifester c’est qu’elles sont arrivées à l’âge de mettre enfin les mots justes sur ce qu’elles subissent de longue date tant en milieu scolaire que sur les espaces publics.

En effet une collégienne sur dix déclare avoir déjà subi des insultes relatives à son sexe. Emmanuelle Piquet, fondatrice du centre Chagrin scolaire, souligne que « cette problématique commence à apparaître dès le CM1". Le plus doux de ses exemples est celui des " garçons qui courent dans la cour de récréation après les filles pour les embrasser ". Mais tous les parents ont constaté que dès le CP leurs filles se mettent de moins en moins en robe et jupe car les "garçons les embêtent". Au collège les réseaux sociaux sont un nouveau facteur facilitant grandement le harassement des adolescentes qui ne s’arrête plus au porte du collège et envahit toute leur vie, même à domicile.

Complicité passive ?

Les chiffres publiés par l’éducation nationale en 2017 sur le harcèlement de genre sont donc sous-estimés alors que le harcèlement sexiste impacte très négativement la vie scolaire et affective des adolescentes. Si les pratiques familiales sont souvent la source du sentiment masculin "qu’il n’y a pas de mal à ça", les adultes en général ne savent pas assez soutenir les filles agressées. C’est ce que dénonçaient les lycéennes en évoquant des remarques graveleuses en classe, et même les gestes, non sanctionnés par les professeurs.

Cette non-intervention des acteurs de l’environnement social et éducatif joue de fait un rôle aggravant. Trop rares sont les enseignants qui savent réagir comme Fazia Bensaadi, d’un collège de Bobigny. Celle-ci interrompt son cours car « Je veux que mes élèves impriment que c’est suffisamment grave pour que le monde s’arrête un moment de tourner, que ce n’est pas parce qu’ils sont des enfants qu’ils peuvent toucher le corps d’un autre sans y avoir été invités. »

Les pistes d’action face au sexisme

L’éducation nationale ne réagit pas encore efficacement mais propose des actions. Dommage qu’il ait fallut un blocage de lycée pour les obtenir. L’Académie a répondu aux lycéennes qu’une brigade de prévention de la délinquance juridique interviendrait prochainement à Pissarro. C’est vrai que la Loi a bien évolué sur cette question mais encore faut-il la faire connaître et comprendre.

Le harcèlement sexuel est un délit défini par les articles 222-33 et suivants du code pénal comme « le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle (SMS déplacés, sifflements dans la rue, demande de 06, chantage affectif, blagues de cul et gestes mal à propos etc.), qui portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante."

Elle reste difficile à faire appliquer : la brigade de prévention de la délinquance juridique encouragera-t-elle les filles à porter plainte et leur apprendra-t-elle à le faire de manière efficace ? L’Etat met à disposition un numéro de téléphone 08 842 846 37 et un site Internet www.stop-harcelement-sexuel.gouv.fr.

Pour l’heure le département répond en invitant les associations En avant toute(s et Du côté des femmes à proposer des ateliers autour de l’égalité entre les femmes et les hommes pour prévenir les situations de sexisme et de violences. Nous ne savons pas s’il engage des actions de formation de ses personnels.

Et la Ville dans tout ça ?

Dans son rapport annuel sur l’Egalité femme-homme, la Ville de Pontoise déclare agir contre le sexisme dès l’école à chaque moment de la vie scolaire, mais nous ne la voyons guère populariser cette action auprès des familles. Elle pourrait pourtant dans chaque quartier, comme fait la ville de Malmö en Suède, réserver un jour par semaine au public féminin les city park et skate park .

La ville semble encore oublier de se poser la question d’améliorer la place des femmes sur ses espaces publics à chaque moment de ses aménagements. Cette problématique commence à être prise en compte ailleurs et la "Gazette des communes" a récemment rédigé un dossier intitulé "Pour en finir avec la ville sexiste".

Pour prendre conscience des inégalités entre les sexes au sein de l’espace public, Creil, Rouen, Evry, Vannes et Trappes ont organisé des "marches exploratoires" et Plaine Commune a même organisé une formation de ses agents d’urbanisme avec le collectif "Genre et ville". Enfin, Paris propose en téléchargement un guide référentiel sur le genre dans les espaces publics.

Il est grand temps que Pontoise commence à s’inspirer de telles actions.

Pour en savoir plus

Brève Pontoise ensemble - Contre le harcèlement sexuel : la mobilisation des lycéennes de Pontoise

Rappel sur la manifestation des lycéennes : http://www.nova.fr/des-lyceennes-de-pontoise-bloquent-leur-lycee-pour-protester-contre-le-sexisme

Dossier des sciences de l’éducation sur violence explicite mais aussi implicite et genre au collège : http://journals.openedition.org/dse/633

Une enseignante qui refuse la passivité :

Le monde de l’éducation http://www.lemonde.fr/education/art...

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/06/26/mieux-accueillir-les-femmes-dans-l-espace-public-le-casse-tete-des-urbanistes-et-des-chercheurs_5151391_3224.html

http://www.lagazettedescommunes.com/543204/quand-lespace-public-est-concu-par-des-hommes-et-pour-les-hommes/

https://www.paris.fr/actualites/la-ville-de-paris-devoile-le-premier-guide-referentiel-sur-le-genre-l-espace-public-4138

un des clips proposé sur le site de l’éducation nationale :
https://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/wp-content/uploads/2015/11/2015-Non-au-harc%C3%A8lement-Guide-p%C3%A9dagogique-clip-les-rumeurs.pdf


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