Rue pour tous.tes ?

jeudi 8 août 2019
par  Bénédicte ARIES
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C’était la 4e édition en 2019 à Pontoise de ce programme d’action culturelle et artistique qui incite à mieux considérer et partager les espaces publics de sa ville et de son quartier.

"Rue aux enfants, rue pour tous" rend à des espaces publics désinvestis le rôle social du lieu partagé car on y voit enfin des femmes et des enfants qui ne se sentent souvent pas en droit d’être là. Quel dommage que cette volonté soit limitée à Pontoise aux deux quartiers dits "politique de la Ville". Cela devrait être une ambition municipale forte que de veiller à ce que toute sa population se sente en droit de fréquenter chaque espace public !

Une action intéressante

« Rues aux enfants, rues pour tous » est un projet d’action culturelle visant à sensibiliser les habitants de l’agglomération de Cergy-Pontoise, et notamment les jeunes, aux problématiques de l’espace public à travers la mise en place d’ateliers, de stages et de temps forts, mélangeant spectacles, ateliers créatifs et restitutions des travaux menés en amont. Il est porté par l’association saint-ouennaise Nil Osbtrat.

En sensibilisant les enfants et adolescents et leurs familles à la diversité des arts dans l’espace public (arts de la rue, street-art, architecture, photographie, arts plastiques urbains, etc.), ce projet leur permet de découvrir leur quartier et leur ville autrement, de s’en réapproprier et d’en partager les espaces publics ce qui contribue à améliorer le vivre-ensemble. Les enfants, garçons et filles, participent à égalité à des ateliers d’arts de la rue, et présentent leur travail à la population après un défilé festif dans le quartier. Constatons que la participation du public est quasi exclusivement féminine, Les mères sortent plus longuement que d’habitude de leur appartement pour venir applaudir leurs enfants et sont invitées à défiler avec eux en avant spectacle.

Des espaces pas vraiment publics

Nous connaissons tous des espaces publics ou semi-publics occupés à certaines heures par tel ou tel groupe d’habitants, masculins le plus souvent. La fréquentation de ces cours, pieds d’immeubles, parkings, square et placettes est parfois défendue aux autres habitants, soit de façon tacite par l’encombrement de véhicules qui n’ont pas à y être en permanence, soit de façon agressive quand il s’agit de protéger une activité illégale.

De fait, quand ils ne sont pas aménagés pour un sport spécifique ou pour les jeux de jeunes enfants,ces espaces pas vraiment publics sont souvent perçus comme des vides, des non-lieux, même si vaguement verdoyants. Ils sont alors ressentis comme sources d’insécurité, réelle ou supposée, et leur fréquentation est dissuasive sinon interdite de fait aux enfants, aux jeunes filles et aux femmes.

Une action trop limitée

L’action socio-culturelle "Rue aux enfants, rue pour tous" vise plus particulièrement les habitants de quelques quartiers prioritaires de l’agglomération. Elle est subventionné principalement par L’État au titre de cette "politique de la ville" pour des quartiers (QPV) intégrés dans le dispositif sur un critère de revenu individuel et familial. A Pontoise, il s’agit des quartiers des Louvrais et de Marcouville. Le secteur des Cordeliers est considéré comme "en veille" car les revenus y sont juste trop élevés pour qu’il soit considéré comme prioritaire. En conséquence, les espaces publics de la Ville hors QPV ne sont pas l’objet d’actions particulières ! C’est bien dommage pour la fréquentation du jardin des Lavandières, du parc des Larris, du chemin de la Pelouse...

Le site de Nil Obstrat, souligne le rôle de nombreux partenariats engagés avec les structures et associations locales des QPV dans l’objectif de développer les échanges inter-quartiers et la mobilité intercommunale. Constatons que cela ne peut dépendre de cette seule action et qu’à Pontoise on restera loin de ce but tant que les déplacements inter-quartiers piétons et vélos, les seuls accessibles aux moins de 14 ans, seront aussi difficiles dans notre ville. C’est que classiquement la voirie est privatisée à 60% par l’automobile circulante ou stationnée.

Un vrai besoin partout sur la commune

Pour aboutir à l’objectif d’usage partagé par tous de tous des espaces publics pontoisiens sur l’ensemble de la Ville, il faudrait un faisceau d’actions communales volontaristes et genrées : on n’en voit même pas l’esquisse à Pontoise ! Contrairement à Rennes, en pointe depuis vingt ans sur la question, il est manifeste que la majorité actuelle ne projette aucune politique d’"Espaces publics aux femmes et aux enfants = espaces publics pour tous !"

Pour aller plus loin :

site de l’association Nil Obstrat : http://nil-obstrat.fr/?page_id=2570

définition wikipedia de la politique de la ville : https://fr.wikipedia.org/wiki/Polit...

site de l’observatoire national de la politique que la ville : http://www.onpv.fr/donnees/les-10-o...

l’analyse d’Edith Maruejouls de la ville comme espace genré : https://obs-urbain.fr/ville-espace-...

Rennes organisera des cours d’écoles pour tou-s-tes : https://www.huffingtonpost.fr/2019/01/18/bientot-des-cours-de-recreation-non-genrees-a-rennes_a_23645975/

une réflexion sur le partage des espaces publics : http://collectivitesviables.org/art...


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