Nourrir ses habitants : l’objectif du Projet alimentaire territorial à l’étude

lundi 29 juillet 2019
par  Bénédicte ARIES
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La création de la Ville nouvelle s’est faite sur l’expropriation des agriculteurs pour y installer la ville et la fracture a été longtemps vive avec la nouvelle population. La même rupture a eu lieu avec le Vexin qui s’est érigé en Parc naturel régional, instrument de défense collectif contre la progression de la ville.

La situation évolue enfin : en 2019 le Parc naturel régional du Vexin français et la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise préparent ensemble un Projet alimentaire territorial (PAT) pour qu’à l’avenir le territoire nourrisse ses habitants.

Des intérêts convergents

La transition écologique, sociale et environnementale est sous-tendue par le Programme national pour l’alimentation (PNA). Cette politique nationale vise la sécurité alimentaire de la France : chacun doit avoir accès à une « alimentation sûre, diversifiée, en quantité suffisante, de bonne qualité gustative et nutritionnelle », et cela dans le cadre d’une agriculture durable. Elle met ainsi en œuvre des programmes visant à favoriser, notamment dans la restauration collective, les circuits courts ou/et de proximité, les produits de saison, ainsi que les produits labellisés, notamment ceux issus de l’agriculture biologique.

La Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise qui réunit plus de 200 000 habitants n’est qu’à peine alimentée par les 38 exploitants agricoles de son territoire qui exportent la plus grande partie de leur production sur la 1re couronne parisienne. La CACP donc explorer les ressources environnantes pour nourrir ses habitants.

Le Parc Naturel Régional du Vexin français ne demanderait pas mieux : il a besoin de l’appui des villes alentour pour aider à la réorientation maraîchère de son territoire. Le PNR du Vexin français est trop marqué par la grande culture céréalière conventionnelle, exportatrice de ses produits subventionnés et forcés à grands coups d’intrants chimique qui polluent l’ air et l’eau.Le PNR doit aider ses 355 exploitants à évoluer vers un Vexin nourrisseur sain des agglomérations à proximité. C’est impératif car le déficit actuel en production maraîchère pour la population environnante est tel que cela finira par poser problème pour renouveler son label de Parc naturel régional.

De multiples acteurs

Un Projet alimentaire territorial (PAT) doit réunir de multiples acteurs du producteur aux consommateurs en passant par les transformateurs et les commerçants. Les collectivités territoriales, communes, agglomérations, département et même région ont un rôle important à jouer car elles sont de très gros acheteurs pour la restauration collective des écoles, collèges, lycées, hopitaux. Ainsi la commune de Pontoise sert 3 000 repas/jour à ses écoliers, ses trois collèges relèvent du département qui nourrit 35 000 adolescents en Val d’Oise, et ses deux lycées nourrissent plus d’un millier de demi-pensionnaires !

La complexité croissante des règlements sanitaires rend difficile la préparation des légumes dans les cantines. Elles doivent avoir trois pièces car les légumes doivent être nettoyés et préparés dans une salle à part. C’est pour parer à cette exigence qu’une légumerie bio réunissant plusieurs agriculteurs a été créée à Flins (78) il y a 4 ans. Elle était la première de la sorte en Île-de-France à pouvoir répondre aux demandes croissantes de la restauration collective. Elle livre fruits et légumes frais et préparés (lavés, épluchés, voire tranchés), un gain de temps énorme en cuisine. Mais la demande ne s’est pas adaptée à l’outil, réclamant d’énormes quantités du même produit au même moment, sans se préoccuper des réalités de la production.

Certaines communes vont au-delà pour offrir à leurs élèves une alimentation locale de qualité. Elles choisissent de mettre des terres à disposition afin que des activités de maraîchage ou d’arboriculture bio se créent et fournissent entre autres les cantines scolaires de la ville. En Ile-de-France, ce fut le cas à Magny-les-Chevreuse et le Parc de la Haute vallée de Chevreuse a accompagné ces installations tant sur le volet agricole que paysager. Eragny va bientôt voir s’installer un maraîcher en agriculture biologique sur ses terres.

Un PAT en cours d’élaboration

Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et Parc Naturel Régional du Vexin Français ont lancé officiellement ce Projet Alimentaire Territorial le 28 mars dernier. Ils travaillent depuis ce printemps à élaborer un diagnostic des offres et des modes de consommation et de commercialisation pour élaborer ensemble un programme d’action convaincant à proposer en 2020 au Programme national pour l’alimentation.

Un stagiaire géographe, Vincent Chantran, s’occupe depuis avril jusqu’en août 2019 d’analyser les demandes alimentaires, les modes d’achats et de consommation du territoire et analyse les Projets alimentaires territoriaux déjà validés. Un questionnaire consommation a été lancé(ici). Enfin les services de la CACP et du PNR actualisent la connaissance des exploitations, des producteurs, de leurs projets et besoins. Ils vérifient aussi les conformités avec les documents réglementaires de la Région.

Le prochain rendez-vous public de ce PAT est fixé au lundi 7 octobre à 18H00 à l’hôtel d’agglomération de Cergy-Pontoise.

Le Vexin peut nourrir 1,5 millions d’habitants

Le 20 juin, au cours d’une réunion d’étape du PAT CACP-PNR du Vexin français, Estelle, une étudiante des Ateliers internationaux de maîtrise d’oeuvre urbaine de l’été 2018, est venue présenter le résultat du travail de son groupe sur le thème "Nourrir la métropole" titré "Food and the city". Le thème général était "Quelle vie dans les métropoles au XXIe siècle. Ils font fait leurs calculs sur des rations quotidiennes standardisées : 50 gr de viandes, 300 gr de céréales, 400 gr de légumes et fruits et 500 grammes de produits lactés.

Ce groupe des ateliers d’été prouvait dans sa présentation (jointe) que le Vexin français pouvait nourrir 1,5 millions d’habitants. " Si on prend le seul exemple du Vexin Français : sur 71 000 hectares, 70% sont cultivables, En décidant de respecter l’agroécologie, on a un modèle simple sur les 40 000 hectares cultivables : 24 000 hectares permettent de nourrir 1,5 millions de personnes en céréales, 6 000 hectares maraîchers de nourrir 1,5 millions de personnes en fruits et légumes bio, 5 000 hectares pour nourrir 1,5 millions de personnes en produits laitiers et garder des parcelles de prairie, 5 000 hectares, pour nourrir 40 000 personnes en viande de qualité" .

L’équipe soulignait enfin que "les 6 000 hectares de maraichage bio du programme emploieraient 10 000 Equivalent Temps Plein, alors que le Vexin ne compte que 40 000 actifs." Quel gisement d’emploi pour un département qui ne compte pas un seul établissement d’enseignement agricole !

En conclusion, ces étudiants urbanistes des ateliers d’été se montraient très optimistes pour la sécurité alimentaire de l’Ile de France sur l’hypothèse démographique haute d’une région de 15 millions d’habitants en 2050. " Le département de l’Eure, dans la suite de la Vallée de la Seine représente 10 Vexin Français. Multipliez ces chiffres par 10 et l’insécurité alimentaire disparaît, les liens humains sont recréés, la nature est reconsidérée, le changement climatique est arrêté et la fracture rural/urbain est du passé. "

Puissent-ils être entendus des agriculteurs et des collectivités territoriales pour que la transition alimentaire de l’Ile de France et des départements riverains avance "à grand PATs !.


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