L’hôpital public et les soins sont en danger

vendredi 6 mars 2009
par  Dominique Damour
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La loi “Hôpital, Patient, Santé, Territoire” passe.

Le vote à l’Assemblée Nationale doit avoir lieu le 5 mai. Et la loi ne reviendra pas en deuxième lecture car la procédure d’urgence a été adoptée .

Pourtant on en parle peu, les médias sont plutôt discrets, les citoyens semblent peu concernés, il est vrai que ceux qui sont malades ont des préoccupations personnelles légitimes et que les autres préfèrent ne pas penser qu’ils le seront peut être un jour, pourtant l’hôpital c’est aussi la santé : naissance, actes de prévention et surveillance après des soins pour la conserver.

Avec cette loi c’est le démantèlement du service public hospitalier au profit du privé, ce sont des patients qui ne trouveront pas de lieu pour être soignés s’ils présentent plusieurs pathologies, ils seront trop “lourds” donc pas intéressants d’un point de vue financier pour le secteur privé, mais la fermeture de lits par les restructurations qui ne tiennent compte que de la rentabilité fera qu’il n’y aura pas de place dans le public.

C’est aussi la nouvelle gouvernance dans laquelle le directeur est un gestionnaire qui pourra venir de l’industrie puisque l’hôpital doit entrer dans la logique marchande, et qui décidera si tel médecin est “bon” et selon son avis il pourra le révoquer . Quels seront ses critères ? Une part de la rémunération des médecins sera liée à l’activité dégagée !
En tant que patient on peut être soucieux et se demander si le médecin pourra encore être disponible pour entendre ses inquiétudes au delà des actes. L’être humain est aussi fait d’affects !

“Symptôme, Diagnostic, Traitement, Ca va mieux” est ce qui est enseigné aux étudiants en médecine actuellement.

Quelles sont les méthodes d’évaluation ? De quel avis tient-on compte ?

L’accréditation, menée sous l’exclusive d’une évaluation telle qu’elle est
pratiquée dans l’industrie et donc sans rapport avec les pratiques soignantes, s’emploie à mettre celles-ci à la norme selon des critères où la complexité et la singularité de chacun
n’auraient plus leur place et où la dimension relationnelle ne serait pas prise en compte. Comment l’a chiffrée ?

La tarification à l’acte (T2A ) ne prend pas en compte le patient qui devient un client, objet de la logique marchande,
C’est conduire les médecins à passer beaucoup de temps à trouver le moyen de “faire des actes” au détriment de celui passé au profit des patients, car il faudra avoir à l’esprit de générer des recettes puisque ce sont elles qui donneront des postes de soignants.

Pour exemple : Un patient dont la pathologie nécessite une chimiothérapie devra avant le début du traitement recevoir un dispositif qui nécessite un acte chirurgical ,pour ces deux actes le patient restait trois ou quatre jours à l’hôpital. Avec la T2A il est plus rentable de le garder deux jours pour l’acte chirurgical, de le faire sortir le même temps et de le faire revenir pour le traitement.
Cette manière sera mieux tarifée au mépris du patient.

Le patient , c’est chacun d’en nous à un moment où un autre de notre vie, même si on essaie toujours de l’oublier. Aussi la défense de la qualité d’accueil et de soins à l’hôpital est notre affaire à tous.
La lutte contre cette loi ne peut pas être qu’une lutte de professionnels d’autant plus qu’il y a une difficulté à mobiliser avec les moyens entendus par les citoyens.
Lorsque quelqu’un arrive un jour de grève à l’hôpital qu’en verra-t-il ? Des affiches, des mots sur les blouses, mais on s’occupera de lui, et lui inquiet, souffrant ne sera le plus souvent pas en état de s’interroger sur la situation en dehors de la sienne !
Et du côté des soignants on entend : “les patients sont là, on ne peut pas fermer les portes”, “on est déjà en nombre insuffisant je ne peux pas laisser les collègues”...
L’idée qu’on ne peut quitter son poste est bien ancrée, et c’est vrai les équipes sont très souvent incomplètes.
On peut le regretter ou en être rassuré, mais c’est ainsi.

La loi est annoncée, il est URGENT de lutter contre ce projet qui transforme l’hôpital en une entreprise industrielle de préférence rentable, c’est la suite de l’inégalité d’accès aux soins déjà en marche depuis longtemps : franchise sur les consultations, sur les boîtes de médicaments, restrictions de la prise en charge des maladies de longue durée , 100% actuellement, ( diabète, maladies cardiaques, sida, psychose ).

Et ça continue avec le projet de loi “pour” la psychiatrie qui assimile le malade souffrant de troubles psychiques à un délinquant.
Loi qui doit être votée en mai 2009.


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