Harcèlement scolaire : sous-estimé mais toujours grave

vendredi 15 juin 2018
par  Bénédicte ARIES
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Près d’une quarantaine de personnes s’intéressaient mercredi 30 mai à la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire. En effet le groupe LREM 95 organisait une réunion publique sur ce thème à la salle Hermine de la maison des associations du quartier de l’Hermitage à Pontoise.

C’était l’occasion pour Pontoise Ensemble de prendre la mesure de ce phénomène ancien mais toujours sous-estimé, aggravé par la possession d’un téléphone portable de plus en plus jeune et l’accès généralisé à internet.

Un phénomène sous estimé

Le harcèlement en milieu scolaire échappe toujours aux adultes. L’étanchéité est complète entre enfants et adultes et les délégués de classe ne sont pas forcément les bons médiateurs . Selon une responsable d’association "en cas de harcèlement ils sont souvent proche du "bourreau" qui a contribué à leur élection". Les garçons sont plus concernés par les violences physiques répétitives, les filles par les gestes sexistes qu’elles ne savent pas qualifier, les menaces et le cyber harcèlement via snapchat, facebook, etc.... Tous le sont par les moqueries puis les insultes, lancées sous les rires des inféodés à l’agresseur sans que les témoins, même adultes, prennent position. Le "qui ne dit mot consent" fait alors des ravages et c’est le début de l’engrenage.

Les diverses enquêtes de victimation prouvent que cela concerne au moins un enfant sur dix chaque année (soit trois par classe), et plus d’un enfant sur deux déclare avoir été à un moment ou à un autre stigmatisé ou mis à l’écart. C’est même parfois le fait d’amis d’enfance, dont les parents se connaissent bien, ce qui rend la dénonciation encore plus difficile : chacun est à mille lieux d’imaginer son enfant en agresseur, en harcelé, en témoin actif ou passif de l’inacceptable.

C’est dans toutes les écoles, collèges et lycées, publics comme privés, que cela se passe. C’est dès l’école élémentaire que cela peut commencer comme en témoignait une principale adjointe de collège évoquant les motifs de demandes de dérogation. Une mère a même parlé de phénomènes de mini bandes harcelantes dès l’école maternelle sans que les adultes y voient autre chose qu’un jeu.

Harcèlement entre élèves ?

Nora Fraisse, mère de Marion qui s’est suicidée à 13 ans en 2013 sans qu’elle n’ait rien su pressentir, se bat depuis pour que la communauté des adultes intervienne enfin efficacement. Présente à cette réunion elle a défini le harcèlement comme "une violence répétitive, physique ou morale, peu grave au départ qui n’est en aucun cas un conflit réglable par compromis". Ce n’est pas un méfait isolé : "il y a toujours un phénomène de groupe en milieu scolaire". Les harceleurs suiveurs fonctionnent comme une meute guidée par le leader, tous sur la même victime sans que les élèves témoins sachent réagir de façon pertinente, parfois à leur grand embarras, ou même avec honte.

Les expériences rapportées évoquent des adultes absents au moment des faits, qui n’entendent pas les tentatives d’appel au secours, éducateurs comme parents minorant toujours la gravité de la situation. Shanley, élève de Terminale et initiatrice du blocage du lycée Pissarro à l’automne dernier pour harcèlement sexiste, a souligné que « "les filles ne savaient pas qualifier les actes (au minima des remarques sexistes en classe), n’osaient pas nommer leurs agresseurs par crainte et donc se plaindre ». C’est hélas vrai très tôt dans leur scolarité. Ce n’est pas pour rien que dès le CP les fillettes ne veulent plus se mettre en robe.... Le témoignage porté par la mère de Marion précisait que l’adolescente avait subi une main sous sa jupe pendant la photo de classe, et qu’il lui avait été impossible de dénoncer cette agression sexuelle aux adultes. Comme dans les transports en commun, la victime, surprise et choquée, n’a pas su réagir publiquement, paralysée par la honte.

Le président de la FCPE 95 évoquait un garçonnet couvert de bleus découverts inopinément par ses parents : devenus collégiens, ses vieux copains d’enfance le bourraient de coups de plus en plus fort, en toute inconscience "puisque c’était pour rire".... Et il ne voulait pas se plaindre à ses parents pour ne pas apporter la discorde dans leur groupe d’amis. Trop fréquente enfin est la tolérance des adultes aux multiples insultes que se lancent les enfants et les adolescents soi-disant "pour rire" : "c’est leur façon de s’appeler" . Nora Fraisse soulignait que c’était toujours "sale" suivi de "petit" ou "gros" », ou "noir", ou " arabe", ou "bigleux", ou "patapouf" ou "mal lavé" et que ces qualificatifs sont ravageurs "puisque le harcèlement entre élèves commence toujours comme ça".

Des conséquences désastreuses

Etre stigmatisé ou martyrisé physiquement pendant des mois, voire des années est très dommageable pour la victime. Si cela ne pousse pas tous les jeunes au suicide, heureusement, c’est destructeur de leur santé physique et psychique, cela impacte lourdement leur cursus scolaire, c’est un facteur de décrochage reconnu. On en retrouve parfois les séquelles dans leur vie d’adulte. Selon les témoignages d’ex-victimes, il leur a fallu des années pour s’en remettre.

Nora Fraisse soulignait que le harceleur en chef met "beaucoup d’énergie" à assurer sa main mise sur les suiveurs. Même sanctionné, même exclu, il a tendance à recommencer car il s’est construit un système de référence asocial, ce qui ne le rend pas susceptible de réussir ses études. Plus les enfants sont jeunes, moins ils sont conscients de la gravité de leurs actes. Et pourtant s’ils étaient adultes cela pourrait être qualifié de diffamation, de violences en réunion, de racket, d’agression sexuelle...

Les suiveurs et les témoins ne sortent pas indemnes de l’expérience, ayant au minimum perdu confiance dans le pouvoir socialisant des adultes et dans leurs propres capacités morales.

Pour aller plus loin :

Le livre de Nora Fraisse Marion, 13 ans pour toujours est paru en poche

Ce livre a été mis à l’écran et est disponible librement en streaming :
Marion, 13 ans pour toujours - Film complet (FR)

Les résultats d’une enquête de l’Unicef sur le harcèlement scolaire en France, en 2011

Le site gouvernemental sur les conséquences du harcèlement :

le témoignage d’enfants victimes : sur facebook : marcel ment : non au harcèlement

un papier de magazine sur les 5 signaux d’alerte

article de la revue Cerveau et psycho : Le harcèlement scolaire a des conséquences durables


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