Grande Synthe et son maire, face à tous les défis

vendredi 18 janvier 2019
par  Bénédicte ARIES
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Notre précieux cinéma Utopia proposait le 13 décembre un documentaire de Béatrice Camurat-Jaud sur la ville de Grande Synthe, suivi d’une passionnante rencontre avec la réalisatrice et le maire de la ville, Damien Carême. Celui-ci prouvait par l’exemple qu’une politique locale innovante était toujours possible face aux crises migratoire, environnementale et sociale.

Selon ce maire les migrations sont un problème structurel, climatique et politique, pour lequel la France devrait élaborer des pratiques concrètes à la hauteur de ses ambitions morales. Il démontre enfin par l’exemple qu’il est possible de faire évoluer les positions de son intercommunalité. Deux sujets qui font écho à Pontoise.

Grande Synthe, une ville où tout se joue

La ville de Grande-Synthe dans le Nord affronte toutes les crises auxquelles l’ensemble de l’humanité devra bientôt faire face : crise migratoire, pollution industrielle, chômage record. Le film de la réalisatrice Béatrice Camurat-Jaud fait découvrir cette ville industrielle, construite sur des polders, illuminée la nuit par les hauts fourneaux. Elle interroge non seulement le maire mais aussi les acteurs culturels et associatifs locaux.

Le film était précédé d’un magnifique diaporama de migrants accueillis par l’association Espérer 95 à l’ex-patinoire de Cergy préfecture. En dix-huit mois, ils ont été plus de 5 000, dont beaucoup d’africains, à y faire étape. Les bénévoles présents à la séance ont évoqué leur émotion devant « l’ambiance et la fraternité » : « On croyait avoir à donner et on y reçoit beaucoup ».

Une ville face aux migrations

Grande Synthe est connue pour avoir été la Ville qui a su créer un camp d’accueil pour les migrants évacués de la « jungle » de Dunkerque. Damien Carême expliquait les raisons de cette construction et celles de sa non-reconstruction après un incendie probablement criminel :« Ce n’est pas digne. Cela ne doit pas être ». L’Etat doit agir. Cela dit « on fait des mises à l’abri : ce matin, ils étaient 300 dans le bois. J’ouvre un gymnase tant que l’Etat ne fait rien. » (Il a su le faire juste après l’incendie).

Selon Damien Carême, l’année de camp a été « une belle expérience humaine ». Nous avons reçu « beaucoup de visiteurs » dont le ministre Cazenave et des préfets, « qui comprenaient enfin le phénomène des migrations ». « L’appel d’air c’est l’Angleterre, ce n’est pas la structure d’accueil ». Pour Calais et Dunkerque ce sont essentiellement « des kurdes, iraniens et syriens ». « Le problème est de ne pas servir les passeurs. 33 réseaux de passeurs ont été arrêtés en un an de camp ». La semaine dernière il a appris qu’une famille était passée et c’est « 15 000 euros le passage ! ». Le Brexit fait peur à tout le monde : « si on contrôle tout, c’est 40 km de camions en attente ! ».

Une association nationale des villes accueillantes « France urbaine » s’est créée en septembre 2018 contre une loi récente. En trois mois elle est passé de 17 à 52 adhérents qui mettent en réseau les expériences françaises d’accueil. « Elles sont toutes belles » souligne Damien Carême. A Grande Synthe « les bénévoles qui croyaient donner disent « on a reçu », les enfants des écoles ont écrit « merci de vous être arrêtés chez nous ».

« Beaucoup de maires accueillent, cela ne se sait pas ». « Nous c’est du passage, ailleurs c’est pour s’installer. » C’est de laisser dans la rue comme font les maires de Calais et Ouistreham qui gène les populations ». « Ne pas organiser c’est susciter des affrontements, du pourrissement ». « L’économie locale se casse la gueule, comme partout, et les migrants sont boucs émissaires ».

Il n’y a pas de risque politique souligne-t-il : « Tout dépend du discours qu’on a : la perception des populations change ». Le déni « fabrique le rejet ». A Grande Synthe, « je n’ai jamais eu de pétition, de manif ». Avant le camp c’était « on ne peut pas laisser les gens vivre dans ces conditions, il faut faire quelque chose » et post incendie cette solidarité ne s’est pas démentie « même pendant l’occupation du gymnase ». C’est comme dans le documentaire « Paese de Calabria » qui accueille depuis 17 ans, et comme à Palerme, terre d’émigration traditionnelle, « dont le maire, qui accueille tous les migrants, vient d’être réélu ».

« Ne vous trompez pas : l’immigration en France c’est une vaguelette, pas un raz-de-marée » concluait Damien Carême. « Les migrations, c’est un problème structurel, climatique et politique. Nous devons prévoir l’accueil de réfugiés ». Un spectateur abondait dans son sens en renvoyant à la passionnante intervention de Mme Aminata Traoré sur les causes et conséquences des migrations, faite lors du festival des solidarités de Cergy le 11 novembre 18.

Une ville pauvre en transition écologique

Damien Carême « Je crois dans les pouvoirs locaux, je n’attends rien de l’Etat ». Grande Synthe « est la 47 ème ville pauvre de France et 33% des habitants sont sous le seuil de pauvreté. » Elle est reconnue pourtant « capitale française de la biodiversité » et selon ses habitants « capitale française de l’humanité ». Selon Damien Carême « la transition est une décision politique qui se décline en jardin (plantations de bois, de créations de jardins publics et partagés, de verger en libre cueillette, de cheminement verts et cyclables ) en isolation des constructions, en cantine biologique, en université populaire. (…) Si chaque élu est maître de son domaine, il y a beaucoup de co-construction élu-population ». Grande Synthe qui a intégré un réseau de maires de villes et banlieues reçoit « beaucoup de visiteurs : une cinquantaine par an. On a des échanges, on ne se copie pas. Chaque ville a une dynamique propre »

Faire bouger sa communauté d’agglomération

Avec ses 24 000 habitants, Grande Synthe fait partie de la communauté de communes de Dunkerque Grand Littoral qui compte 200 000 habitants. Depuis 2011 son maire en est vice-président chargé des transports. Pour Damien Carême les territoires peuvent beaucoup quand ils bossent ensemble. Il y a urgence : « le taux de cancer aérodigestif est le plus élevé de France ». Il y a « 35 jours de dépassement pour la pollution de l’air au lieu des trois autorisés ». Damien Carême « refuse qu’on installe n’importe quelle usine à Dunkerque pour lutter contre le chômage ». Pour lui, "c’est la mutation vers des activités non polluantes qu’il faut encourager d’où l’importance des actions éducatives".

Il insiste sur la nécessité de « changer les indicateurs de richesse » dans les décisions territoriales. La loi d’avril 2015 instaure l’obligation pour le gouvernement de suivre 10 nouveaux indicateurs de richesse en examinant ses projets de loi à l’aune de ces indicateurs (inégalités de revenus, empreinte carbone, pauvreté, emploi, décrochage scolaire, espérance de vie en bonne santé, satisfaction dans la vie, recherche, endettement, préservation de la biodiversité).

La gratuité des transports en communs a fait augmenter leur fréquentation de 50%. Non seulement cela améliore la qualité de l’air mais « cela donne du pouvoir d’achat puisque sans voiture on gagne 4 500€ par an » et « maintenant le parking de centre ville de Dunkerque est à moitié vide ! ». « On va passer aux cantines bio et locales dans toutes les cantines de l’agglomération, et les Ehpad : pour cela on va reprendre l’exploitation de 70 Ha et 35 exploitations en 3 ou 4 ans ». « Nous allons acheter 8 bus à hydrogène » , ce carburant étant fourni localement par « le parc éolien marin ».

Oui manifestement être maire-vice-président d’une commune ne représentant que 12% de la population globale de sa communauté de commune, cela n’interdit pas d’être influent.

On aimerait vivre cela dans notre communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise !

Pour aller plus loin :

Une itv de Damien Carème par la revue urbanité : http://www.revue-urbanites.fr/5-ans-5-entretiens-la-transition-est-un-sport-politique-de-combat-gerer-la-ville-autrement/
Le site de la ville de Grande Synthe
Le site personnel de Damien Carème
Le site de l’association des maires de ville et banlieue de France
Longue intervention vidéo d’Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali, sur les causes et les conséquences de l’immigration


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