Décrochage scolaire : quelles réponses de l’Education nationale ?

jeudi 17 novembre 2016
par  Bénédicte ARIES , Gérard Bommenel
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Devenue une priorité nationale la prévention et la lutte contre le décrochage scolaire est organisée en Groupe de prévention (GPDS) pour favoriser l’accrochage et la persévérance scolaire dans la classe ordinaire et prévenir les premiers signes de décrochage et en Mission de lutte (MLDS) pour proposer des solutions alternatives aux décrocheurs effectifs.

Ce travail est fait en lien avec des partenaires de l’Education nationale. Nos intervenants ont parlé de leur pratique locale et de leur vécu personnel.

En primaire

Dans certains secteurs scolaires, mais hélas pas partout, il y a un repérage des élèves en difficulté dès le primaire via les RASED (Réseaux d’Aide Spécialisé aux Enfants en Difficulté). Il existe une problématique des parents non francophones qui ne connaissent ni la langue ni le système scolaire pour lesquels les Projets de Réussite Educative des Villes peuvent intervenir dans les quartiers dits prioritaires.

Malheureusement, en maternelle comme en primaire, le "simple" malaise scolaire n’est pas toujours pris sérieusement en compte comme le raconte une mère de décrocheur : " "En fait il a décroché dès la maternelle : Je ne veux plus y aller. Il y avait un décalage entre l’enfant qu’il pouvait être à à la maison et l’élève qu’il était à l’école. J’ai consulté deux praticiens. Il y avait une problématique au niveau de l’école mais les instituteurs n’ont pas accepté de prévenir le psychologue scolaire." La situation a empiré au collège : "En tant que parent d’élève il faut faire face aux agressions des professeurs dans le carnet de correspondance. Répondre tous les jours au collège, il a fait ci, il a fait ça. Je me sens responsable de mon fils oui, mais il faut aussi accompagner les parents". Ce besoin est relayé par plusieurs associations dont l’Union nationale des associations familiales (Unaf).

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Dès le collège

Driss Rigalma explique ce qu’est le Groupe de Prévention du Décrochage Scolaire (GPDS) qui devrait fonctionner dans chaque établissement. Le personnel enseignant ou encadrant, l’assistante sociale se réunissent pour étudier la situation des enfants "à risque" et cherchent les solutions.

"En 6e et 5e il n’y a pas beaucoup de leviers. On peut adapter le niveau scolaire, aller voir les éducateurs, les intervenants du Plan de Réussite Educative (PRE) de la ville de Pontoise, l’association Sauvegarde95. Il nous faut travailler sur leurs capacités, adapter nos évaluations à leur niveau. Ce sont des rapports personnels et une question de confiance."

"En 4e et 3e on a plus de possibilité car on peut mettre en place du coaching individuel ou collectif avec l’aide du Conseil départemental (CG95). La 3e est un moment critique de l’orientation à ne pas manquer car les retours en arrière sont très difficiles. Un choix large de filières professionnelles ou technologiques est possible en fin de 3e mais presque dix fois plus restreint après une mauvaise orientation. Un bac pro mécanique devient inaccessible après une 2de générale."

"Nous pratiquons l’aide à la parentalité. Les parents et les éducateurs doivent être au courant de ce qui se passe. Il faut expliquer ce qui se passe aux parents, les actions à mettre en place, expliquer quelle est la qualité de la relation que l’éducateur met en place."

Ernesto Vidal professeur et référent de la Mission de lutte contre le décrochage scolaire au lycée confirme qu’ "il est important de créer un référent" qui sache accompagner le jeune par "une écoute active" et « d’arrêter de le gaver ».

Clément Delacroix professeur du Lycée de la Nouvelle Chance indique qu’on y privilégie un suivi adapté du jeune. "Le professeur gère tout le suivi de l’élève, les absences. On travaille en équipe. de 17 collègues avec un créneau de deux heures hebdomadaires de réunion qui sont l’occasion de monter des projets pluridisciplinaires. On crée du temps et des espaces partagés. On s’intéresse d’avantage au jeune qu’au cours. Il faut apaiser le climat et responsabiliser les jeunes."

Témoignages

Etienne rappelle que la réorientation après être sorti du système lui a été très difficile. "J’ai toujours été musicien. Je me suis adressé à un lycée avec option dans ce sens. Mais celui-ci m’a annoncé un an d’attente pour analyser mon dossier avant de se prononcer. C’est ainsi que pendant 3 ans je me suis renfermé, je ne suis pas sorti de chez moi. J’ai subi la pression. Heureusement ma mère ne s’est pas découragée et m’a montré un petit entrefilet d’une revue parlant du LNC, que j’ai pu intégrer même si ce n’était pas dans mon département de résidence. J’avais aussi été voir le Lycée autogéré de Paris (LAP) mais ce n’était pas un projet qui me convenait. »

Pour la Mère d’un "raccroché" par le LNC, » le chemin a été long. A l’entrée en 6e ce fut l’explosion. Il a alors été repéré par la Conseillère d’orientation psychologue (COP) qui lui a fait passer des tests. Le diagnostic « enfant intellectuellement précoce (EIP) » était soulageant mais n’apportait pas de solution. Il y avait une séparation entre l’équipe encadrante très ouverte et les professeurs. Au passage au lycée, mon fils a arrêté la seconde en avril pour tenter un CAP de cuisine dont il a décroché en octobre. Il a alors pris une pause pendant un an. Il s’est ennuyé et de cet ennui on a pu faire quelque chose. Il a choisi de démarrer au LNC en Septembre. Ce qu’il y vit fait la différence, même si tous les démons sont encore là ».

Une Enseignante de Kaslter intervenant au LNC (Education Physique et Sportive) souligne qu’"on sélectionne les enseignants sur les savoirs et que l’Education nationale oublie de les former à la relation humaine. Au LNC on a des classes de 20 élèves. On met en place des formations parallèles. Il y a eu des formations avec un pédopsychiatre et l’accueil de jour de l’hôpital de Pontoise. On repère mieux les enfants intellectuellement précoces (EIP). Il faut absolument garder le lien avec la famille. Le triangle Elève-Parent/Tuteur- Enseignant est primordial."

Elle rappelle aussi que "l’identification des élèves à risque de décrochage sur des classes à 35 élèves (du lycée classique) c’est difficile !" et regrette qu’il n’y pas vraiment de place pour l’erreur dans le système actuel. L’objectif devrait être selon elle de "construire pour le post bac des gamins bien dans leur peau".

L’importance de cet objectif est appuyée par Benjamin Moignard, directeur de l’Observatoire Universitaire International Education et Prévention (Université Paris-Est-Créteil), qui expliquait déjà en 2013 lors de la journée de lutte contre l’échec scolaire de l’Afev qu’il est maintenant prouvé que le climat scolaire positif d’un établissement était un élément déterminant de la réussite des élèves et donc de la lutte contre le décrochage scolaire .

L’ensemble des dispositifs existants

Il est trop peu connu des familles et des décrocheurs. Il y a d’autres filières de formation que celles de l’Education nationale.

Stages et certaines formes de service civique permettent de conserver le statut scolaire. Une vingtaine d’établissements publics d’insertion à la défense (EPIDE) en internat relèvent à la fois des ministères de la Défense et de l’Éducation nationale. Le service militaire volontaire (SMV) ne relève que de la Défense, le réseau des écoles de la 2e chance (e2c95) du ministère du Travail. Enfin, les structures de retour à l’école sont variées dans leur recrutement et leur fonctionnement comme les « micro-lycées » ou Pôle innovant lycéen (PIL), les lycées autogérés et les lycées nouvelle chance (LNC) dont le lycée Kastler de Cergy-Pontoise.

Pour aller plus loin :

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les chiffres 2015-2016 du décrochage scolaire en Val d’Oise

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