Décrochage scolaire : quel rôle de la société hors éducation nationale ?

samedi 26 novembre 2016
par  Bénédicte ARIES , Gérard Bommenel
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A l’extérieur de l’école, l’entourage et la société peuvent contribuer à l’aboutissement du projet de formation d’un jeune, quel qu’il soit. Il faut le soutenir dans ses apprentissages, parfois dès le primaire, l’encourager à tenir jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire, l’aider à prévenir l’impasse d’une mauvaise orientation, encourager une nouvelle orientation...

Il faut toujours soutenir le sentiment de sa valeur. Pour ce jeune l’estime de soi est très fragilisée par les difficultés de tout ordre, parfois par une pédagogie inadaptée et souvent des groupes trop important notamment au lycée.

Les participants à notre table ronde du 13 octobre ont évoqué leurs pratiques et leurs difficultés.

Réunion Publique
Coté décrocheurs et famille

Etienne, ex-élève du Lycée de la Nouvelle Chance , souligne l’incohérence de ses choix qui est le fait de l’ignorance des réalités de la vie professionnelle. " Il est très dur en tant que jeune d’avoir une idée concrète de ce que l’on veut faire plus tard." Le passage du collège au lycée général lui a été fatal : "Il y a une perte du côté humain quand l’enseignant a une grande classe. On nous demandait d’abord des résultats, une réussite."

Pour l’orientation, l’accent est trop souvent porté sur le cursus et non sur la réalité du futur métier : " Une fois que j’ai décroché, je me suis lancé dans un CAP de cuisine à 17 ans pour m’apercevoir très vite que je ne voulais pas dire adieu à mes WE, Noël etc… "

La réorientation après être sorti du système lui a été mission impossible ; "J’ai toujours été musicien. Je me suis adressé à un lycée avec une option dans ce sens. Mais celui-ci m’a annoncé un an d’attente pour analyser mon dossier avant de se prononcer. C’est ainsi que pendant 3 ans je me suis renfermé, je ne suis pas sorti de chez moi. J’ai subi la pression. Heureusement ma mère ne s’est pas découragée et m’a montré un petit entrefilet d’une revue parlant du LNC, que j’ai pu intégrer même si ce n’était pas dans mon département de résidence. J’avais aussi été voir le Lycée autogéré de Paris (LAP) mais ce n’était pas un projet qui me convenait."

Pour notre témoin décrocheuse précoce et déscolarisée à 15 ans ½. "Se déscolariser c’est se désocialiser. Isolée, j’ai beaucoup lu... A 20 ans j’ai voulu passer mon DAEU (Diplôme d’Accès aux Etudes Universitaires). Je n’ai pas osé à cause d’une estime de moi dégradée, d’une honte sociale. A 30 ans j’ai enfin pu passer mon DAEU et commencer mes études. Aujourd’hui si j’accompagne les gens c’est que j’ai manqué d’accompagnement aux périodes difficiles. J’aide aussi au montage des dossiers de Validation des acquis de l’expérience (VAE).
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Pour une habitante du quartier dit prioritaire de Marcouville dont les trois fils ont arrêté le lycée sans diplôme : "La pression c’est déjà dans le monde social. Les actualités, les licenciements…. Dans le monde actuel, travail, famille, école, c’est l’exigence. Il y a aussi la barrière de la langue. Les classes sont très chargées. Il faudrait plus de professeurs." Cette intervention soulignait en creux les évolutions souhaitables pour l’Education Nationale comme pour les entourages.

Les soutiens possibles
Une psychothérapeute qui intervient pour des groupes de parole dans un collège souligne que "la pression des pairs les oblige à prendre des postures d’intégration en opposition au collège.". Elle s’interroge sur les moyens de permettre à ces jeunes "d’échapper au poids du groupe" et souligne "la violence du groupe des pairs et celle des demandes des adultes" .

En fait ces groupes de paroles sont trop rarement proposés dans les collèges, même s’ils semblent faire évoluer la dynamique de groupe. Elle remarque que les petits établissements qui travaillent par groupe de projets ne semblent pas connaître les mêmes difficultés. Driss Rigalma, référent décrochage scolaire pour un collège de Pontoise, convient de l’intérêt de cette pédagogie de projet : "les élèves décrocheurs sont souvent les meilleurs sur des projets. Dès qu’il y a du concret." Il reconnait aussi que les élèves à problèmes "n’arrivent pas à sortir de leur image. Ils passent dans un collège relais mais quand ils reviennent (au collège d’origine) ils retrouvent cette image négative."

L’Association Espace et Lumières donne des cours de langue et de soutien scolaire dans le quartier des Louvrais. Son directeur indique "Nous avons fait ce constat dès 2007. Notre premier objectif est la réussite scolaire. On a commencé à travailler avec les collégiens mais on s’est rendu compte que les collégiens arrivaient avec des difficultés. On a donc étendu notre action au primaire et c’est efficace. Nous suivons entre 40 et 50 jeunes du primaire et du collège et on a une liste d’attente chaque année. C’est dans le cadre d’un Contrat d’Accompagnement à la réussite Scolaire (CLAS)."

"Nous pourrions faire plus mais hélas nous manquons déjà de salle. C’est une vraie difficulté". Par ailleurs "il faut sensibiliser les parents à la réussite scolaire. Nous sommes pour une coéducation démocratique et nous soutenons les parents en faisons partie du REAP (Réseau d’appuis et de soutien à la Parentalité)".

André, un ingénieur qui fait du soutien scolaire bénévole pour des élèves du lycée Pissaro explique : "J’interviens en mathématique et en bureautique au lycée et à partir de la 4éme au collège du Parc aux Charrettes. Il faut créer une relation de confiance. Pour les collégiens même si les stages intéressants sont difficiles à trouver " après le stage ils ont changé". Il explique que "dans le quartier les gosses qui nous connaissent nous courent après mais le problème n’est pas le manque de bénévoles , c’est le manque de salles pour les faire travailler." Il interroge " et si les écoles, lycées et les collèges pouvaient faire un effort pour ouvrir leurs locaux après la classe ou pendant les congés scolaires ?"

Driss Rigalma , professeur de collège, revient sur la problématique des stages de 3e. "On ne lâche pas les élèves sans préparation. On leur apprend à rechercher un stage, rédiger un CV, bien se comporter en entreprise, rédiger un rapport de stage etc…" Cependant une documentaliste de collège signale que le stage n’est pas pertinent pour tous et que son collège n’arrive plus à placer ses élèves dans les entreprises environnantes car trop d’entre eux s’y sont mal comportés.

L’association fondation étudiante pour la ville (l’AFEV) passe des conventions avec les villes pour trouver et encadrer des étudiants qui s’engagent à aller au domicile d’écoliers ou de collégiens pour les soutenir scolairement. A Pontoise cela concerne une quinzaine d’enfants par an, signalés par le Programme de réussite éducative de la ville.. Les maisons de quartier des Louvrais et de Marcouville, des Cordeliers et des Larris-Maradas accompagnent elles dans leur locaux le travail personnel des écoliers. Elles ont cependant des difficultés à continuer avec les collégiens, adolescents soucieux d’affirmer leur indépendance.

Moins directement impliquées dans le soutien scolaire, mais consciente de l’isolement de certains jeunes, certaines associations comme Parrain Un par Un agissent pour qu’un adulte s’engage à accompagner personnellement un jeune afin de l’aider à trouver sa voie.

Les associations sportives et culturelles sont aussi des cadres de reconnaissance et de valorisation pour les jeunes et doivent être soutenues pour être accessibles à tous.

Faciliter les liens pour éviter l’impasse
Il se dessine donc dans les débats qu’il est important de faciliter les liens entre monde éducatif et monde du travail dès le collège, puisqu’une mauvaise orientation est très difficile à rectifier. Le développement du travail interdisciplinaire de groupe sera sans doute une raison de s’investir pour de nombreux élèves qui n’accrochent pas au cursus abstrait.

A l’extérieur de l’école un accompagnement de prévention de l’échec scolaire s’impose dès le primaire pour certains enfants et pour un plus grand nombre dès la 4e, classe qui marque un tournant dans les exigences abstraites et le début du protocole d’orientation. L’étape de la 2de au lycée qui implique un investissement personnel plus important est à accompagner pour beaucoup.

Ce soutien à l’étude est parfois ruineux pour les familles mais il est aussi le fait d’associations diverses. Il est important pour cela que collectivités territoriales et établissements d’éducation facilitent mieux l’accès à des salles pour tous les dispositifs de soutien scolaire bénévole extérieurs aux institutions afin que ne soient pas soutenus seulement les enfants dont les parents peuvent payer,


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