De l’air, de l’air !

samedi 14 janvier 2017
par  Bénédicte ARIES
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La lutte contre la pollution de l’air qui nous asphyxie à petits bruits ne dépend pas que des dispositifs d’alerte de l’Etat et de la Région. Ville et communauté d’agglomération pourraient s’impliquer au quotidien et en périodes de pics avec des actions spécifiques.

Faut-il que la loi astreigne les collectivités territoriales à des plans de prévention des risques atmosphériques ?

Le Plan local de déplacement (amélioré par la loi Laure) qui vient d’être voté va dans ce sens : son application que nous souhaitons rapide aura un impact réel, mais il pourrait être complété de décisions ponctuelles en période de pic de pollution atmosphérique.

Laure a vingt ans

Il aura fallu la Loi Laure (Loi sur l’Air et l’utilisation rationnelle de l’énergie portée par Corinne Lepage ) dont nous venons de fêter les 20 ans pour développer la surveillance de la qualité de l’air, améliorer la connaissance des polluants présents dans l’atmosphère et renforcer le rôle de l’Etat et des collectivités dans la mise en œuvre de plans d’actions.

Cette loi a introduit des mesures d’urgence en cas d’épisode de pollution, la mise en place de plans d’actions de réduction des émissions, tel que les Plans de Protection de l’Atmosphère (PPA) portés par l’Etat ou des plans régionaux (devenus aujourd’hui les Schémas Régionaux Climat Air Energie) et elle a modifié en profondeur les Plans de Déplacements Urbains : ceux prévoient à terme de traiter tous les points noirs où l’atmosphère est déjà malsaine au quotidien.
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Un dispositif à compléter

En 2017 la météo permet de prévoir la survenue et la durée d’un épisode de pollution atmosphérique, tous les niveaux de responsabilité publique ont donc la possibilité d’agir avant le pic. Faudra-t-il une loi complémentaire pour cesser d’attendre de 4ème jour de sur pollution pour interdire les véhicules polluants, et inciter activement au transport en commun ?

Hélas, ni la Région, ni l’Agglomération, ni la Ville ne vont dans ce sens. En effet le Stif (Syndicat des transports d’Ile-de-France) que préside la Région déplore qu’en 2016 les cinq jours de gratuité mis en place lors des pics de pollution représente un manque à gagner de 23 millions d’euros, soit l’équivalent de "50 bus électriques qui auraient roulé quatorze ans sans émettre de pollution." La majorité LR du Conseil régional envisage maintenant d’instaurer un ticket journalier à 3,80 € pour réduire ce déficit.

L’Agglomération refuse d’instaurer en période de pic de pollution la gratuité pour ses vélos en libre-service, malgré les demandes des associations de cyclistes. C’est grâce au PLD récemment voté qu’il y aura plus de bus en soirée pour éviter de contraindre les Cergy-pontains à prendre une voiture faute de bus pour leur retour tardif. Quand à la Ville elle n’envisage pas d’intensifier son service interne d’aide au déplacement des personnes âgées en période de pic alors que ce serait l’occasion d’élargir ce service à une population à mobilité réduite plus large.

L’impact sanitaire de la pollution atmosphérique

En 20 ans Airparif indique que la pollution de fond ne s’est pas aggravée.(cf article du Monde). L’évolution climatique et les nouveaux modes de vie font que les pics sont de plus en plus fréquents et importants et leurs conséquences plus désastreuses. C’est le cas dès qu’il fait beau trop longtemps car à toute saison les intempéries sont favorables à la qualité de l’air : le vent disperse les polluants et la pluie les rabat sur le sol puis dans les égoûts. La pollution est particulièrement intense quand le beau temps coïncide avec la suractivité aérienne des congés. Densification urbaine, vols aériens nationaux et internationaux, toutes les circulations contribuent à l’intensité des pics de pollution. Les épandages d’engrais des agriculteurs sont aussi un facteur aggravant au printemps par combinaison avec les polluants.

Il est regrettable que les calculs du Stif oublient les bénéfices sanitaires d’une politique volontariste de diminution des émissions dès le 1er jour de pic de pollution.

C’est que le nombre des personnes fragiles augmentent. Ils souffrent dès le début de l’épisode de crise. Leur système respiratoire n’est pas seul fragilisé, le système oculaire, le fonctionnement neurologique et intellectuel sont aussi impactés, en premier lieu celui des enfants, personnes âgées ou malades. Combien de consultations voire d’hospitalisation seraient elles évitées si dès l’annonce du pic de pollution on limitait les véhicules en circulation et la circulation aérienne ? Combien de journées de travail inefficaces seraient-elles évitées ?

Il est sanitairement et probablement économiquement injustifiable qu’on attende le 4ème ou 5ème jour pour interdire les véhicules les plus émetteurs de particules fines et qu’on ne réglemente jamais la circulation aérienne. C’est de la responsabilité politique de toutes les collectivités territoriales de ne plus attendre si longtemps avant d’agir.

Pour en savoir plus :
- sur la réglementation : seuil d’alerte, etc... cliquez ici

- sur les zones de pollution atmosphérique à Pontoise en 2015 (ozone en rouge, dioxyde d’azote en violet) cliquez ici

- sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé cliquez ici

- sur le coût sanitaire de la pollution atmosphérique (Etude OCDE de 2014) cliquez ici

- sur le lien pollution atmosphérique urbaine et santé publique, une étude de 2016 sur la ville de Brest : cliquez ici


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