Création d’un centre de santé : l’exemple vécu de Cergy

jeudi 13 février 2020
par  Bénédicte ARIES
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Dans une ville de Pontoise frappée de désertification médicale sans l’avoir le moins du monde anticipé, au cours de la réunion "La santé dans la ville : Quels besoins ? Quelles réponses ?" organisée par Graines Pontoisiennes, Place Publique 95, Pontoise Ensemble et l’Assemblée citoyenne de Pontoise, Françoise Courtin était venue expliquer le projet de centre de santé de la commune de Cergy qu’elle porte depuis la campagne électorale de 2014.

Un long processus pour espérer une ouverture fin 2021 !

L’histoire des centres de santé

Françoise Courtin est élue à la ville de Cergy, en charge de la santé et Vice-Présidente de l’agglomération en charge des solidarités urbaines). En 2014, au premier tour elle était tête de la liste Front de gauche qui avais choisi comme marqueur important l’ouverture d’un centre de santé. Cela existe depuis longtemps dans les villes, en particulier dans les villes communistes de l’ex-ceinture rouge autour de Paris. On les appelait plutôt des "dispensaires".
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« Dans notre esprit, à l’époque, c’était pour que les personnes les plus précaires puissent avoir un accès à la santé, une des causes de renoncement aux soins pour aller chez un médecin. On ne parlait pas encore de désertification médicale en région parisienne, mais cela s’est très vite accéléré ».

Un label exigeant

Pour être reconnu « centre de santé » les conditions sont nombreuses : "en priorité le tiers-payant parce que,justement c’est souvent d’avancer le prix qui fait renoncer aux soins," Dans un centre de santé, les médecins sont salariés : comme à l’hôpital c’est le centre de santé qui se fait rembourser par la sécurité sociale et plus difficilement par les multiples mutuelles. Il y a aussi à respecter une importante amplitude d’horaires avec 12 h d’ouverture, le principe de travail en équipe et la prise en charge du malade dans sa globalité. En outre un « centre de santé » doit s’engager dans un « projet de santé » avec l’accueil des jeunes stagiaires qui viennent se former auprès de médecins plus aguerris.

« C’est important qu’il y ait de jeunes stagiaires et de leur donner envie de rester chez nous. Cette action de formation, c’est compliqué, il faut faire l’effort » déclarait l’adjointe à santé de Cergy. Y a-t-il un peu de mauvaise foi quand les généralistes se plaignent de ne pas trouver de remplaçants alors qu’à Cergy, pour 42 médecins généralistes on ne compte que 3 maîtres de stages !

Un long processus

« C est long et difficile, , soulignait Françoise Courtin : il a fallu beaucoup convaincre et expliquer au Maire qu’il allait falloir investir et que grâce à ça, il sera réélu. Aux politiques, il faut leur parler politique »

En priorité il a fallu faire le diagnostic de l’offre de soins sur la ville de Cergy. En 2016, 71 % des médecins généralistes avaient plus de 55 ans. En quatre ans certains ont déjà pris leur retraite. A Pontoise, la situation est pire qu’à Cergy. L’ARS (Agence régionale de santé) qui fait des classifications selon les territoires a déclaré cette ville en zone déficitaire. Sans politique volontariste, Cergy , actuellement en zone intermédiaire, passera aussi en zone déficitaire dans 10 ans, C’est l’effet démographique « ville nouvelle », il y a eu des arrivées groupés, ce qui conditionne les départs . Ce centre de santé, en même temps que l’accès aux soins à la population la plus défavorisée, devrait permettre selon cette adjointe à la santé de Cergy, d’apporter une réponse à la désertification médicale qui guette sa ville : « Cela ne va pas tout résoudre mais il faut faire quelque chose »

Un diagnostic des besoins de soins : l’analyse avec des spécialistes de ce qui manquait sur la ville de Cergy a révélé que les failles de santé publique touchent beaucoup les femmes, des cancers du sein aux trop nombreuses naissances anticipées.

Une relève à encourager

Ces diagnostics ont été partagés avec les professionnels de santé de la ville et en réunions publiques. Mais à Cergy comme ailleurs, les professionnels de santé sont submergés et la relève ne vient pas facilement.

De fait les jeunes médecins ont des difficultés à s’installer sur l’agglomération où l’immobilier est cher. De plus, ils n’ont pas envie de travailler de la même manière que leurs aînés. Leurs conjoints veulent voir respecter leur vie professionnelle et familiale. La profession se féminise énormément et les jeunes femmes veulent également participer à l’éducation de leurs enfants.

C’est « une qualité de vie » à laquelle tous les professionnels de santé ont droit. "Et un médecin qui n’est pas submergé, c’est mieux pour ses patients" rappelle Françoise Courtin.

Le projet municipal de Cergy

La ville de Cergy a acheté à Cergy St-Christophe le rez-de-chaussée d’un immeuble de logements où sera installé ce pôle santé en plein cœur de Cergy St-Christophe, avec parkings à proximité gratuits pendant 1 h ½. « Ce centre de santé devrait naître d’ici peu et on pense l’inaugurer fin 2021 » a souligné Françoise Courtin.

Pour les actions de prévention, elle a rappelé qu’il y a des diagnostics gratuits à la maison de la prévention à l’école de la Lanterne et un certain nombre d’associations de santé qui y font des permanences. "Cela sera déplacé dans le centre de santé. Il est prévu 3 cabinets de généralistes, on a prévu des cabinets dentaires qui facilitent l’équilibre économique de ces structures et une infirmière coordinatrice".
Le Dr Devaux a soutenu la remarque du public demandant au moins deux sage-femmes pour couvrir l’amplitude horaire au vu de la prévalence des maladies féminines et de la prématurité dont elles sont les vraies spécialistes. Il a aussi insisté sur l’importance des infirmières dont le rôle sera capital. "Les infirmières en pratique avancée, si on en trouve et il faudra en former, sont à même de soulager très efficacement la charge des médecins."

Une participante a souligné que les autorités de santé étaient devenues très favorables aux groupements de praticiens en Maisons pluridisciplinaires (ou multi-professionnelles) de santé et que la Région et l’Agence régionale de santé peuvent les subventionner dans les territoires en tension, tant à la création qu’au fonctionnement . Ce peut être à l’initiative de collectivités territoriales sur les mêmes conditions de projet de santé, de prévention, de coordination et de formation que les centres municipaux de santé, sans interdire la pratique libérale.

Trouver un mode de gestion

« Comment le faire vivre ? a interrogé Françoise Courtin : Cela a été compliqué. Ce n’est pas le travail habituel d’une commune. Déjà trouver les bons partenaires pour faire les diagnostics a pris du temps et comme la Ville n’a pas vocation à être gestionnaire d’un établissement médical il a fallu trouver un opérateur. La Croix Rouge a refusé, la MGEN n’a pas répondu ». Cergy a choisi un petit opérateur dont l’objectif est de se lancer comme ils l’ont fait à Conflans et Clichy-sous-Bois afin de garder la main : « la gestion sera celle d’une association loi 1901 » et elle s’est félicitée car « l’’hôpital a accepté de faire partie du Conseil d’administration ».

Actuellement, les centres de santé qui existent sont déficitaires financièrement et la commune se ruinent à combler le déficit car elles n’en ont plus les moyens. L’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) a mené une étude « très fouillée » sur les centres de santé. Le problème majeur est celui du remboursement complémentaire par les mutuelles et celui des rendez-vous non respectés qu’il ne faut pas laisser sans pénalité car ça créée le déficit. « Il y a des tas de choses à voir et il faudra un système informatique très au point. » expliquait l’élue de Cergy.

Limiter l’impact financier sur le budget communal

Interrogée sur les subventions que devra verser la commune de Cergy et sur un salariat médical impératif, Françoise Courtin a rappelé : « L’objectif, c’est qu’à terme, ça s’autofinance avec le remboursement de la CPAM. D’après les calculs, on peut penser qu’au bout de 3 ans on sera à l’équilibre, mais l’opérateur dit qu’il va commencer avec un seul médecin car il y a un vrai besoin sur la ville. Et pour en revenir au salariat, on a des médecins libéraux qui sont aussi salariés et qui travaillent à l’hôpital. Venir 2 jours par semaine au centre de santé peut être une bonne façon pour des médecins âgés de réduire leur activité. Pour la mise en équilibre, on a un " business plan", mais on doit être à l’équilibre au bout de 3 ans. C’est très carré. »

Lutter contre le renoncement au soin

Interrogée par le public sur l’accès aux soins des personnes qui n’ont pas de mutuelle, ou qui ne connaissent pas tous leurs droits sociaux et n’y font donc pas recours, Françoise Courtin reconnaissait « je sais qu’il y a un problème car des gens qui pourraient avoir le CMU, n’ont pas accès à leurs droits », et elle indiquait que « La personne, à l’accueil, aura un rôle extrêmement pointu, d’aider la personne à renouveler ses droits ».

Pour « la mutuelle, c’était dans mon programme en 2014 mais un article du Monde a dénoncé cette mutuelle municipale comme un marqueur des villes front national » .La commune d’Eragny a constaté que cela ne peut pas être une mutuelle municipale car elle n’en a pas le droit et s’est mise en rapport avec une mutuelle installée sur plusieurs villes dont Bordeaux. Elle a donné à cette mutuelle le moyen de faire des réunions et de la publicité en échange d’un tarif bonifié pour les habitants. Cergy a fait des comparaisons et n’a pas trouvé ça intéressant.

Ce centre de santé à Cergy-St Christophe rendra service à la population de Cergy de Pontoise et de toute l’agglomération, concluait Françoise Courtin « il aurait dû être pensé comme un équipement d’agglomération », même si elle pense « qu’il va en falloir d’autres sur le territoire ».

Le centre de santé, ce n’est pas contre la médecine libérale, à qui la mairie de Cergy apporte déjà une assistance technique soulignait Françoise Courtin : « On a du mal à avoir des médecins libéraux qui s’installent » et « on a besoin de tous les médecins qui veulent s’installer sur notre territoire ».

Pontoise Ensemble ne peut que confirmer la sagesse de cette conclusion pour les trois sujets abordés à cette réunion sur la santé publique : la désertification médicale, l’évolution des pathologies et le besoin de santé environnementale ont besoin de l’appui des villes pour élaborer des réponses variées.


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