Covid et personnes âgées : témoignages d’hospitaliers

jeudi 4 mars 2021
par  Bénédicte ARIES
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Une vingtaine de participants ont suivi la web-conférence du cycle « Touche pas à nos vieux » organisée à la faculté de Droit de Nanterre. Elle questionnait l’impact de la crise covid-19 sur les personnes âgées sous l’angle du respect de leurs droits.

Pour celui d’être soigné, lors de la première vague, cela ne s’est pas passé de la même façon à Saint Denis et à Paris.

L’expérience de l’hôpital de Saint Denis

La Seine Saint-Denis a été un des départements les plus impactés par le Covid en Ile de France. Sara Piazza, psychologue en réanimation et en équipe de soin palliatif, a narré son vécu de la crise covid de début 2020. Dans l’hôpital de Saint Denis, « en dix jours l’hôpital s’est transformé quasi intégralement en covid » (6 service sur 10). « On est passé de 18 à 32 lits réanimation covid ». Pour sa part, ¨la réaction ce fut d’étoffer l’équipe de soin palliatif » pour en priorité « rendre possible le lien entre patients et leurs proches ». Il a fallu organiser les bénévoles servant d’interface pour que « la visio permette l’accès aux proches des reconnus en fin de vie ». « Beaucoup de personnes très âgées ont été accueillies à l’hôpital » qui a ultérieurement ouvert « une unité covid gériatrie »
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Du côté des Ehpad

L’équipe de soins palliatifs a travaillé avec les 14 Ehpad du territoire : « mise en place d’une réunion mensuelle autour des soins palliatifs, pour débriefer et soutenir le moral des équipes », « évaluation au lit du patient pour la prise en charge de soins palliatifs ou des douleurs en accord avec médecin traitant, le patient, la famille ». Une infirmière a appelé tous les jours chaque EHPAD : ce fut la seule fenêtre sur l’extérieur pour certains. L’objectif était de « limiter le passage aux urgences, d’évaluer s’il était nécessaire en leur évitant attente sur brancards ou si le soutien sur place serait suffisant ». Un médecin se déplaçait si besoin, gardait le contact avec l’équipe car le Samu ne se déplaçait pas plusieurs fois en cas de non hospitalisation » . Il faut, a-t-elle regretté « savoir déjà qu’en temps normal les Ehpad n’ont pas suffisamment de personnel médical pour mettre en place des traitements médicamenteux ».

Le partenariat de solidarité Ehpad-hôpital de Saint-Denis s’est renforcé pour le matériel, les médicaments. Selon Sara Piazza « le Rivotril, il n’y en avait pas besoin » car « le premier traitement de la dypsnée c’est la morphine » . Il fallait accompagner les équipes vers « d’autres voies d’administration ». Les visites qui étaient fermées restaient « autorisées pour les patients en fin de vie ou en soins palliatifs ». Elle a souligné qu’il y a eu « beaucoup de forme non respiratoire chez les personnes âgées avec une asthénie (épuisement) très rapide ».

« Mais au tout début de la crise c’était la panique, y compris dans les Ehpad » . Il y a bien eu « des isolements en chambre abusifs, des enfermements « avec enlèvement des poignées ». Elle a rappelé qu’ « au tout début l’angoisse de contamination et de mort était très importantes dans les hôpitaux comme dans les Ehpad avec peur de ravage chez les soignants ». Depuis « on a beaucoup avancé, on est plus détendu… » A côté de pratiques choquantes, Sara Piazza a évoqué celles de « grandes créativité », des « bricolages déjeuner en chambre sur pas de porte », et même un médecin « parti acheter des canettes de bières soulageantes pour les enfermés ».

Sa conclusion est qu’il n’y avait pas eu de discrimination d’âge à l’hôpital de Saint Denis pendant la crise Covid du printemps 2020 : « les vieux n’y sont pas traités différemment des autres : c’étaient des patients extrêmement graves ». La question était : « comment on les prend en charge et comment on les accompagne ? » et « ce qui posait problème c’était la réanimation ».

Les réanimations ont-elles été privées de personnes âgées ?

Témoignant après Sara Piazza, Olivier Lesieur, médecin réanimateur, a souligné la « convergence de vue de personnes qui travaillent dans le même univers ». Il avait préparé un power point de 24 pages pour cette réunion du cycle de conférence « Touche pas à nos vieux ».

Sa 3e diapositive quantifiait le nombre de lits de soins aigus et de réanimation en France, scandaleusement insuffisant pour un pays européen surtout par rapport à l’Allemagne. il a souligné lors du débat que « les collaborations public-privé ont fait la preuve de leur inefficacité en cas de crise sanitaire. Entre la 1re vague on a enquêté, 5 000 lits publics, et à la 2e, toujours 5 000 lits mais moins de personnels, car beaucoup d’infirmières, aide-soignants sont partis épuisés, écoeurés. « On aurait dû avoir plus de respirateurs ( j’en ai là qui date de 1954 qui marchent sans souci mais la pénurie était systématisée bien avant ».

La 7e diapositive affichait la circulaire du 19 mars des autorités de santé sur l’admission des personnes âgées en réanimation. Celle-ci semble avoir été appliquée bien plus strictement par l’APHP (Assistance-Publique Hôpitaux de Paris) qu’ailleurs : c’est ce que dénonçait un article du Canard enchaîné du 22 avril 2020. Pour Olivier Lesieur, au plus fort de la crise « les réanimations ont été privées de vieux ». « Si actuellement il n’y a pas de tri selon l’âge, l’an dernier oui pour l’APHP ».

Pour aller plus loin

Enregistrement complet du séminaire "Touche pas à nos vieux !" du 22 janvier 2021 avec pour invités Sara Piazza (psychologue clinicienne) et Olivier Lesieur (médecin réanimateur).
https://www.youtube.com/watch?v=fYX7LAATEec


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