Changer le regard sur la population âgée : un impératif politique

dimanche 8 décembre 2013
par  Bénédicte ARIES
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Thérèse Clerc, fondatrice des Editions des Femmes et de la Maison des Femmes de Montreuil, a développé l’importante problématique que pose l’augmentation actuelle et à venir de la population âgée partout en France . Et la solution qu’elle a suscitée dans sa ville nous parait pertinente pour toute ville y compris Pontoise.

Elle était l’invitée d’une table ronde organisée par Europe Ecologie Les Verts de Cergy-Pontoise le 15 novembre sur l’habitat participatif dans le cadre du mois de l’Economie Sociale et Solidaire .

La Maison des Babayagas

De son expérience de jeune retraitée ayant à accompagner les difficultés de vieillissement d’une mère très âgée au moment où il faut encore soutenir l’envol et l’insertion sociale et professionnelle de ses propres enfants, Thérèse Clerc a tiré des conclusions et des idées d’action collective qui se sont concrétisées dans le concept de « la maison des babayagas ».

Thérèse Clerc manifeste avec esprit que c’est un projet politique que de vouloir changer le regard négatif que la société actuelle porte sur la vieillesse (majoritairement féminine dès 60 ans et quasi exclusivement féminine plus tard) comme sur la fin de vie. Elle récuse avec vigueur les accusations d’entre-soi de la cooptation qu’organise la « Charte des babayagas » : de 58 à 87 ans l’éventail générationnel est grand entre toutes ces locataires à petits moyens, femmes actives socialement réunissant toutes les races, cultures et religions de la ville de Montreuil.

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L’association Maison des Babayagas (mot russe qui désigne de vieilles femmes sagaces et aidant ceux qui veulent s’aider) n’est donc pas limitée aux résidentes de l’immeuble HLM, véritable non-maison de retraite pour 21 retraitées actives et entendant le rester. L’association porte d’autres projets dont celui d’une Université du Savoir des Vieux (UniSaVi) utilisant les grands locaux collectifs pensés ouverts sur la ville et celui de conseil aux projets d’autres maisons de vie active pour personnes âgées dont celles de St Priest, Palaiseaux, Bagneux, Brest peut-être...

Une population choyée mais sous-estimée par la Ville

A Pontoise la municipalité UMP considère surtout l’évolution démographique en cours comme une lourde charge à venir. Et cela même si elle encourage les divers clubs du 3e âge, organise une "semaine bleue" et reconnait du bout des lèvres l’importance des jeunes retraités disponibles dans la vitalité du secteur associatif pontoisien.

Ainsi le conseil des anciens, récemment formé, semble n’être qu’un superclub de personnes agées alors que selon nous il devrait avoir à donner son avis lors de chaque aménagement urbain : en effet il est composé d’experts du quotidien des seniors, les mieux à même de penser l’adaptation des espaces et bâtiments de notre ville à l’augmentation du nombre de Pontoisiens âgés.

Devant cette évolution démographique, les élus actuels se satisfont de plusieurs projets de résidences senior dans les nouveaux quartiers gare et Bossut. Ceux-ci sont manifestement tous proposés par des producteurs de logements standardisés dédiés à telle ou telle catégorie de personnes sans qu’il soit le moins du monde envisagé de faire participer de futurs résidents à leur conception. Laisser les promoteurs promouvoir, les architectes projeter, les constructeurs construire, tel est le projet politique urbain de l’équipe en place pour la population senior.

Penser autrement la question des personnes âgées

Nous devrions à Pontoise nous inspirer largement de la philosophie dynamique développée par Thérèse Clerc et mise en application par la Maison des babayagas.

Il nous semble qu’il faudrait donc en parallèle aux résidences seniors classiques, travailler à accueillir à Pontoise des logements différents ; abritant des locaux collectifs autogérés, ils faciliteraient l’action collective et citoyenne de leurs habitants. L’immeuble de Montreuil est une construction HLM, mais c’est possible aussi de aussi de penser des opérations de rénovations groupées dans cet esprit. Dans le Nord on parle de "béguinage" pour évoquer ces "non-maisons de retraite".

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Faire participer de futurs résidents à la conception puis à la gestion de ces logements dédiés, c’est déjà reconnaitre que la vie à la retraite n’est pas que demanderesse de services et qu’elle n’a pas à être qualifiée d’inactive. C’est aussi favoriser l’émergence d’expériences de vie riches et plurielles et enrichir de ce fait toute la cité. C’est de cette façon que notre société permettra aux seniors puis aux personnes plus âgées de poursuivre leur vie sans souffrir de l’isolement qu’apporte les limitations du grand âge, en s’aidant mutuellement et en restant en lien actif avec l’environnement citadin.

Nous considérons qu’une Ville peut avoir un rôle dynamique en ce domaine pour susciter et accompagner les initiatives qui ne demandent souvent qu’à être accueillies. En effet, lors de la même soirée sur l’habitat participatif, les témoins de projets locaux sur le territoire de la Communauté d’Agglomération de Cergy-Pontoise ont tous évoqué la constitution d’un petit noyau initial très motivé, le choix de structures administratives diverses, le plaisir de concevoir un chez soi à sa mesure en immeuble, ta même volonté de parties communes de qualité pour favoriser le lien social dans l’immeuble mais aussi avec la ville. Ils ont aussi tous souligné l’impact positif ou négatif des politiques locaux, dont le soutien s’avère très souvent déterminant.


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